Eros et Thanatos

Patri-érotismeUne illustration et une petite phrase en exergue de ce billet.

L’illustration, une photo publiée sur le site du Monde.fr associée à un article intitulé « La jeunesse s’empare des symboles républicains ».

Un acte de patri-érotisme, suis-je tenté de dire, que je trouve personnellement bienvenu en réponse à la haine et la barbarie.

La petite phrase : « Une pulsion… Je ne sais pas comment l’expliquer… ». Elle est extraite d’un entretien du vendredi 27 novembre avec une adolescente admise la veille dans le service de pédiatrie de l’hôpital de Villefranche suite à une tentative de suicide par intoxication médicamenteuse volontaire.

Bien évidemment, il serait extrêmement réducteur de considérer que le passage à l’acte de cette jeune fille de 15 ans déjà hospitalisée plusieurs fois pour le même motif ou pour des scarifications résulte purement et simplement d’une pulsion de mort qui serait à l’œuvre chez elle.

De même pour les très nombreux adolescents qui nous sont adressés pour des tentatives de suicide : plus de 40 hospitalisations pour des gestes suicidaires depuis le début de l’année 2015, fort heureusement dans la très grande majorité des cas sans conséquence au plan somatique, et pas moins de 6 dans la semaine qui a suivi ce bien triste vendredi 13, sans toutefois qu’un lien direct puisse être établi dans ces cas entre les événements tragiques de Paris et l’histoire personnelle de ces adolescents.

L’actualité nous fournit malheureusement trop souvent l’occasion de nous repencher sur cette notion freudienne de Pulsion de mort : « exécution », « attentat », « kamikaze » deviennent des mots familiers au fil des bulletins d’information qui rythment nos journées.

La notion de pulsion de mort est exposée par Freud dans son essai « Au-delà du principe de plaisir », paru en 1920. Sans être en mesure d’entrer dans toutes les subtilités de la théorie psychanalytique, il suffit de signaler que l’émergence de cette notion est consubstantielle d’un profond remaniement de la pensée freudienne. Le contexte historique n’est pas à négliger puisque ce remaniement survient au lendemain de la première guerre mondiale, un conflit qui a fait des millions de morts et de blessés.

Le lien entre ce contexte et les réflexions sur un « Au-delà du principe de plaisir » semble attesté par le premier exemple choisi par Freud pour justifier l’existence de la pulsion de mort, à partir de la description des névroses traumatiques que ce premier conflit mondial a provoquées à grande échelle. Jusque-là, Freud avait mis l’accent sur la libido, la sexualité, le principe du plaisir même si celui-ci venait à être tempéré par le principe de réalité. L’interprétation des rêves pouvait se ramener à l’expression déguisée d’un désir inconscient.

Or dans les névroses traumatiques, ce que nous appelons aujourd’hui l’état de stress post-traumatique, les cauchemars font revivre de façon répétée la scène traumatique et l’angoisse qui l’accompagne. Cette compulsion de répétition qui constitue en quelque sorte la marque de fabrique de la pulsion de mort ne pouvait de toute évidence se rapporter à un désir refoulé et imposait la reconnaissance d’une composante négative, venant en opposition à la pulsion de vie.

La secLe fils de Saulonde guerre mondiale et ses abominations viendront attester une nouvelle fois à l’échelle de l’humanité de la force de cette pulsion de mort.

Le film actuellement à l’affiche, « Le fils de Saul », primé au festival de Cannes, est absolument saisissant à cet égard. Il peut être conseillé d’aller le voir à la condition d’assortir ce conseil d’une mise en garde : il est préférable de n’être pas trop mal dans sa tête, d’avoir le cœur bien accroché et de ne pas craindre d’être remué au plus profond de ses tripes à la vision de ces images terribles. Il paraît en effet difficile de ne pas ressortir profondément ébranlé à l’issue de la séance.

Pour revenir à des considérations cliniques plus quotidiennes au sein du service de pédiatrie, la vision des jeunes anorexiques décharnés, squelettiques qui nous sont de plus en plus fréquemment adressés nous renvoie également à cette pulsion de mort (le masculin est requis quoique les cas habituels d’anorexie concernent les jeunes filles dans la mesure où nous avons eu récemment à prendre en charge un jeune garçon). De fait, leur état physique est le plus souvent très préoccupant au moment de l’admission dans le service ou dans les premiers temps de l’hospitalisation, le pronostic vital pouvant être rapidement engagé en l’absence de mesure de ré nutrition sous surveillance médicale étroite.

Autre vaste domaine pour lequel la pédiatrie se trouve de plus en plus sollicitée, celui que de façon très générale on peut ranger sous la rubrique des « Troubles des conduites ». Le rapprochement avec la pulsion de mort tient dans ces cas à la violence dirigée contre les autres ou contre soi-même, aux conduites à risque, à la rupture des liens avec la famille en premier lieu et avec la société de façon plus générale.

Le recours aux Urgences pédiatriques est en effet de plus en plus fréquent pour des enfants ou des adolescents qui présentent des crises d’agitation et des comportements agressifs. La répétition est habituelle dans ces situations et, élément particulièrement inquiétant, rien ne semble en mesure d’enrayer la dérive de ces jeunes : déscolarisation, conduites dyssociales, toxicomanie, fugue, violences et autres passages à l’acte…

Ont beau être mobilisés les différents professionnels – psychiatre, psychologue, assistante sociale, éducateur, enseignant… – et les différentes institutions, – éducation nationale, secteur sanitaire avec les CMP et les services hospitaliers spécialisés, secteur médico-social et ses établissements de type SESSAD ou ITEP, services sociaux avec ses mesures éducatives et ses mesures de placement, justice avec les Juges des enfants et les services qui en dépendent, voire les forces de police ou de gendarmerie, rien n’y fait.

Ces comportements déviants peuvent s’observer chez des adolescents de plus en plus jeunes, dès 12-13 ans, chez les garçons comme chez les filles. Quel avenir pour eux ? Leur fragilité psychologique ne risque-t-elle pas d’en amener certains, un jour prochain, à commettre l’irréparable, sous l’influence de quelqu’autre fanatique ?

Une jeune lycéenne a récemment été admise dans le service après s’être vantée auprès de ses camarades d’être prête « à mourir pour Daech » tout en ajoutant « Je nique la France », ce qui dans le contexte actuel, tout le monde peut en convenir, est particulièrement mal venu et ce qui lui a valu une mesure d’exclusion de son établissement scolaire. Simple provocation de sa part sans doute, mais qui interroge.

Que peut apporter le service de pédiatrie pour ces adolescents suicidaires, ces anorexiques, ces jeunes aux conduites déviantes ? Peu et beaucoup à la fois, sans doute… Retisser des liens, ré insuffler du plaisir, de la légèreté, un peu d’humour… ré injecter de la vie en somme.

Le jeu du fort – da revisité

Bobine Propos introductif à la journée « Deux temps, trois mouvements » du 21/11/2014

Mon propos de ce jour pourrait correspondre à une forme de test susceptible de mesurer la flexibilité mentale et les capacités de décentration des sujets qui accepteraient de s’y soumettre.
Dans les fonctions exécutives, la flexibilité mentale renvoie à la capacité de changer de tâche ou de stratégie mentale et à passer d’une opération cognitive à une autre. Elle permet l’adaptation aux imprévus, la correction des erreurs, le passage d’une tâche à l’autre… La décentration correspond au fait de se placer dans la perspective d’autrui. Elle permet au sujet d’échapper à toute forme de subjectivité déformante, parce que « égocentrée », pour atteindre des formes variées d’objectivité dans le rapport au monde ou à autrui.
Dans ce test, aujourd’hui, c’est vous qui tiendrez le rôle de cobaye.
Pour cela, je vous propose tout d’abord de partir d’un écrit de Freud dans son recueil « Au-delà du principe de plaisir ». Freud est un médecin qui a exercé à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Initialement neurologue, il a fait divers travaux de recherche sur le système nerveux et l’anatomie du cerveau ; il a écrit des articles portant sur les paralysies et les aphasies ; par la suite, il a entrepris de soigner des hystériques, d’interpréter les rêves, il s’est intéressé aux lapsus, oublis et actes manqués, phénomènes qu’il a regroupés sous le terme de « Psychopathologie de la vie quotidienne ». De là est née à Vienne, en Autriche, une discipline qui a connu une formidable expansion dans le monde durant une grande partie du XXe siècle, la psychanalyse. Au cours des dernières décennies, malgré la concurrence de disciplines et de psychothérapies d’apparition plus récentes telles que les neurosciences ou les thérapies comportementales et cognitives, malgré de très vives critiques dont elle fait l’objet, la psychanalyse conserve encore de très fervents partisans.
L’article de Freud en question s’intitule : « Le jeu du fort da » et il a donné lieu à de nombreux commentaires de la part des psychanalystes. Il a été écrit après qu’il ait observé chez son petit-fils Ernest alors âgé d’un an et demi, un jeu répétitif qui consistait à jeter une bobine loin de lui et à la ramener ensuite vers lui grâce au fil qui y était rattaché. Ce jeu s’accompagnait d’une certaine jubilation et de vocalisations : « o-o » entendu comme « fort » lorsque le petit Ernest jetait la bobine et « da » lorsqu’il la ramenait à lui en tirant sur le fil. Ces vocalisations ont pu être traduites par « là-bas » et « là ».
Freud interprète ce jeu de la façon suivante : il suppose que pour l’enfant, le fait de jeter la bobine loin, puis de la ramener à lui, correspond à une transposition de l’alternance absence / présence de sa mère auprès de lui. Ce jeu pourrait s’apparenter à une forme de conjuration par rapport à l’angoisse que peut susciter chez lui l’absence de la mère. Ce que dans la réalité, l’enfant subit passivement avec déplaisir, dans le jeu, il le reproduirait mais en y prenant une part active et avec plaisir. Les vocalisations qui accompagnent l’activité de l’enfant sont pour les psychanalystes le témoin d’un processus de symbolisation, d’une intégration dans le psychisme de représentations de l’alternance absence / présence de la mère par l’opposition des deux signifiants fort / da.
Maintenant, je vous propose de laisser tranquille la mère, d’oublier ses va-et-vient auprès de son enfant et les angoisses de séparation qui peuvent en découler en vous intéressant à l’aspect purement moteur de l’activité de ce dernier.
Ne peut-on voir simplement dans la répétition du mouvement de l’enfant un exercice qui viserait à améliorer ses performances motrices, à l’instar d’un sportif qui s’entraîne ou d’un musicien qui travaille ses gammes ? Et l’on sait à quel point, aussi bien pour le sportif que pour le musicien, il est nécessaire de répéter et répéter encore un geste pour parvenir à parfaitement le maîtriser.
Outre l’habileté motrice que l’enfant pourrait ainsi acquérir par cet exercice, cela lui permettrait une plus grande maîtrise de l’espace qui l’entoure avec en particulier la différenciation entre un espace proche, qui lui est directement accessible simplement en tendant le bras et un espace éloigné qui lui ne l’est pas.
L’artifice de la ficelle lui permet d’avoir une action sur un objet situé dans l’espace éloigné, sans avoir à se déplacer et sans le concours d’un tiers, comme cela est très fréquemment le cas dans ce type de jeu où l’enfant jette un objet afin que l’adulte le ramasse et le lui redonne, une activité dont l’adulte se lasse habituellement avant l’enfant.
Dans cette nouvelle perspective, la jubilation de l’enfant peut se rapporter à la maîtrise qu’il acquiert ainsi sur les objets, sur l’espace et au gain d’autonomie qui en résulte par rapport à l’adulte.
Il est également remarquable qu’au geste se joint la parole, laquelle vient précisément marquer cette différence dans l’espace environnant entre ce qui est proche et ce qui est loin. D’autres oppositions lui permettront plus tard de mieux se repérer dans l’espace : devant / derrière, dessus / dessous, droite / gauche…
Cette association du geste et de la parole peut ouvrir sur de très nombreux questionnements : on peut se rappeler par exemple que les aires motrices et les aires du langage sont très proches au niveau du cortex frontal et que cette proximité neuroanatomique joue peut-être un rôle… On peut se rappeler également que certaines techniques de rééducation orthophonique et certaines méthodes pédagogiques pour les jeunes enfants ou les enfants intellectuellement déficients utilisent avec succès le geste pour faciliter le développement du langage…
Je laisse ouvertes toutes ces questions et bien d’autres, en imaginant que les intervenants dans cette journée « Deux temps, trois mouvements » pourront apporter des éléments de réponse…
et en espérant également ne pas vous avoir soumis à une trop rude épreuve par les contorsions intellectuelles que je vous ai imposées.

Deux temps, trois mouvements

Image« Deux temps, trois mouvements », c’est le titre retenu pour une journée organisée par le SESSAD S’Calade (APAJH), en lien avec le Centre de Ressources Autisme Rhône Alpes et l’association Autisme Rhône. Il est prévu qu’elle se déroule le vendredi 21 novembre 2014 à Cibeins, dans l’Ain, à proximité de Villefranche sur Saône.

En voici l’argument :

« Lors d’une précédente journée organisée en novembre 2012 et intitulée « Avec le temps », nous avions évoqué la question de la temporalité dans l’autisme et c’est assez naturellement que nous avons souhaité prolonger nos réflexions en abordant le thème du mouvement qui peut y être aisément associé. Si l’intérêt de ce thème nous semble évident, sans doute est-il difficile d’en résumer les différents aspects.

La question de la motricité est une question passionnante et les progrès des neurosciences ont permis une connaissance approfondie des mécanismes en jeu. Les données récentes en ce domaine remettent en cause les visions un peu simplistes du fonctionnement du système nerveux telles celles qui nous feraient considérer un modèle avec des afférences sensorielles qui transmettraient des informations au cerveau, un traitement de ces informations par le cerveau et une réponse motrice appropriée qui en découlerait. Un point essentiel est à souligner, l’intrication étroite entre le domaine de la sensorialité et celui de la motricité à toutes les étapes du processus, depuis la perception jusqu’à l’action. Cela vient faire écho à la notion piagetienne d’intelligence sensorimotrice, qui se construit au travers des premières interactions du bébé avec son environnement. De cette étroite intrication entre sensorialité et motricité, plusieurs illustrations peuvent être données :

  • le bon fonctionnement des organes sensoriels impliquent un ajustement permanent au plan moteur, venant garantir une certaine stabilité de la perception, en particulier lorsque l’objet à percevoir et le sujet sont en mouvement l’un par rapport à l’autre.

  • la vision d’un objet va permettre d’en appréhender certaines de ses propriétés physiques, telles sa forme, sa couleur, sa position dans l’espace. Mais il y aura dans le même temps une simulation du mouvement qui serait nécessaire pour s’en saisir ou pour en faire usage, que ce mouvement soit ou non réalisé ultérieurement et cette simulation participe à la connaissance que le sujet peut avoir de l’objet.

  • le rapprochement peut être fait avec les neurones miroirs, lesquels simulent l’action d’autrui sans que celle-ci ne soit effectuée, une simulation qui concourt à la perception de ses intentions, voire de ses émotions, l’empathie pouvant procéder de ce mécanisme.

  • avant même un début de mise en jeu de la motricité, une simulation est donc faite par le cerveau de l’acte moteur et, tout au long de sa réalisation, les organes sensoriels vont contrôler son déroulement en indiquant s’il est conforme ou non à son anticipation. En cas de défaut de concordance entre l’action réalisée et la prévision faite, un ajustement, une correction de trajectoire seront alors possibles.

Pour de plus amples développements sur toutes ces questions, il est intéressant de se référer au livre d’Alain BERTHOZ, « Le sens du mouvement » dont nous ne pouvons que recommander la lecture.

Chez l’enfant autiste, les études en neuroimagerie montrent un défaut de connexions entre les aires corticales, ce qui assez logiquement laisse supposer une incapacité à intégrer les différentes composantes au plan sensoriel et moteur d’où peuvent découler certaines particularités observées dans son comportement.

Mais l’attention portée au mouvement ne saurait se focaliser sur un pur problème de mécanique, de déplacement d’un point à un autre, de trajectoire, de vitesse, d’accélération, de force nécessaire pour son exécution, même si ces aspects revêtent en eux-mêmes une très grande complexité.

Le mouvement est communément sous-tendu par une intention, il correspond à une action du sujet dirigée vers le monde extérieur, vers un objet, voire une interaction lorsque ce mouvement est en direction d’un autre sujet. Or, l’observation du comportement de l’enfant autiste nous montre très souvent des mouvements parasites, des stéréotypies gestuelles qui semblent dépourvus d’intention, qui ne correspondent pas à une action dirigée vers un objet extérieur, encore moins à une interaction avec un autre sujet. Ces conduites bizarres qui peuvent revêtir un caractère répétitif et envahissant se réduisent au contraire à des auto-stimulations ou au déversement d’un trop plein d’excitation.

À partir de ces différents constats, la question qui se pose est bien évidemment de savoir dans quelle mesure la mise en mouvement du corps est susceptible de remédier à certains de ces dysfonctionnements chez l’enfant autiste, ceci au travers les multiples activités et prises en charge que nous pouvons lui proposer. La liste ne peut être exhaustive : psychomotricité, comptine et danse, activité sportive, travail sur l’autonomie autour de tous les actes de la vie quotidienne…

Joindre le geste à la parole… Tout un programme ! Les parents aussi bien que les professionnels en charge d’enfants autistes ont certainement pu vérifier la pertinence de cette expression et combien la mobilisation du corps pouvait faciliter la communication et les interactions ».

Pour suivre l’actualité autour de l’organisation de cette journée, vous pouvez visiter le Blog Calades.

Sorti en salle le 8 janvier 2014

Le film documentaire

« A ciel ouvert » de Mariana Otero

est sorti en salle le 8 janvier             

 

Synopsis : Alysson observe son corps avec méfiance. Evanne s’étourdit jusqu’à la chute. Amina ne parvient pas à faire sortir les mots de sa bouche. 
À la frontière franco-belge, existe un lieu hors du commun qui prend en charge ces enfants psychiquement et socialement en difficulté. Jour après jour, les adultes essaient de comprendre l’énigme que représente chacun d’eux et inventent, au cas par cas,  sans jamais rien leur imposer, des solutions qui les aideront à vivre apaisés. Au fil de leurs histoires, «  A ciel ouvert » nous ouvre à leur vision singulière du monde. 

Bande-annonce  & dossier de presse : ici

Habemus papa (ou pas…)

Foxfire

À l’occasion de la semaine d’information sur la santé mentale, a été projeté au Cinéma « Les 400 coups » à Villefranche sur Saône le film « Foxfire, confessions d’un gang de filles ». Il s’agit d’un film de Laurent Cantet qui avait déjà réalisé « Entre les murs », primé à Cannes.

La soirée était organisée par la Maison des adolescents de Villefranche et la projection du film suivie d’un débat ma foi fort intéressant m’a donné l’envie de coucher par écrit quelques-unes des réflexions qu’elle a pu m’inspirer.

Pour ceux qui ne connaîtrait ni le film, ni le livre dont il est tiré, en voici un bref résumé, mais il est évident que cela ne remplacera nullement la vision du film ou la lecture du livre.

 Synopsis : 1955. Dans un quartier populaire d’une petite ville des États-Unis, une bande d’adolescentes crée une société secrète, Foxfire, pour survivre et se venger de toutes les humiliations qu’elles subissent. Avec à sa tête Legs, leur chef adulée, ce gang de jeunes filles poursuit un rêve impossible : vivre selon ses propres lois. Mais l’équipée sauvage qui les attend aura vite raison de leur idéal.

Première réflexion, il s’agit d’un film sur l’adolescence, certes, mais qui jette un regard très critique sur la société dans laquelle ces jeunes filles évoluent. Si l’action se déroule dans les années 50 aux États-Unis, il est évident qu’il est d’une grande actualité et que les problèmes qu’il soulève peuvent être sans difficulté transposés dans notre société d’aujourd’hui : quand, à un titre ou à un autre, nous nous trouvons confrontés à des troubles sévères des conduites chez des adolescents, quelle qu’en soit la nature, comment ne pas s’interroger sur notre responsabilité, en tant qu’adulte, et sur l’état de la société que nous leur transmettons ?

Il n’a échappé à personne qu’il s’agit d’un gang de jeunes filles et que le combat qu’elles mènent s’inscrit dans une lutte féministe qui sera poussée jusqu’à l’extrême. Certaines de leurs actions ne sont pas sans rappeler le mouvement actuel « Femen » qui régulièrement défraie la chronique. Le film interroge donc à l’évidence le rapport homme – femme, lequel ne va pas sans une certaine ambivalence, même si la plupart des personnages masculins peuvent apparaître très caricaturaux ; il s’y mêle beaucoup de violence et de séduction, des mouvements de profond rejet, mais aussi d’attirance…

La figure du père apparaît centrale dans le film et elle se décline selon différentes modalités. C’est sa défaillance qui ressort de façon criante quand on considère celui du personnage principal, Legs Sadovsky. Lors du procès de Legs qui aboutira à sa condamnation à un placement en maison de redressement, le père est cité en tant que témoin, mais il y apparaît tout autant condamnable que sa fille, par sa démission, son incapacité à soutenir une parole… Le père c’est encore celui qui apparaît dans une dimension perverse, le jouisseur, celui qu’on s’efforce de séduire, c’est le maître à penser, celui qui domine… C’est finalement celui qui sera kidnappé et tué… Une autre figure emblématique du père resurgit à la fin du film, Fidel Castro, le « Líder Máximo » , « El Comandante » que Legs, toujours en manque de repère, serait allée rejoindre pour poursuivre sa lutte, pour poursuivre sa quête…

La question du désir, de la jouissance et le meurtre du père, tout cela ne saurait laisser indifférent un psychiatre, pour peu qu’il ait été un minimum imprégné d’une certaine culture freudienne (on peut lire ou relire Totem et tabou sur le sujet, le film pouvant être considéré comme une variation actualisée du mythe freudien, écrite au féminin).

Si l’adolescence constitue par définition une période critique, une période de passage du sujet de l’enfance à l’âge adulte, elle est aussi la période où quelque chose se joue dans la transmission d’une génération à l’autre… Il peut y avoir des ratés dans cette transmission, mais il n’y a pas de fatalité à cela et, pour rester sur une note plus optimiste, certaines protagonistes parviennent à s’extraire du gang pour rentrer dans le rang, à trouver leur place dans la société en quelque sorte, voire à transmettre à leur tour la vie : l’une des jeunes filles de Foxfire s’est finalement mise en couple et elle a donné naissance à un enfant… C’est sur cette image que l’on a envie de s’arrêter, en la considérant comme la victoire de la pulsion de vie sur la pulsion de mort et non comme l’assignation à la femme d’un rôle qui lui serait par nature dévolu.

Droit dans le mur… ou Le franchissement du mur du çon…

« Le Mur ou la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme » par Sophie Robert… Un film qui fait polémique…

Certes la présentation n’est ni neutre, ni bienveillante,  mais malgré tout… quelle image de la psychanalyse, donnée par les psychanalystes eux-mêmes !!!

Consulter sur ce sujet l’article du Cercle Psy

et aussi un article sur le site d’Autisme-France

Bande Annonce – LE MUR – La psychanalyse à l’épreuve de l’autisme from linkiz on Vimeo.

LE MUR, La psychanalyse à l’épreuve de l’autisme – Partie 1 from linkiz on Vimeo.

LE MUR – La psychanalyse à l’épreuve de l’autisme – Partie 2 from linkiz on Vimeo.

LE MUR – La psychanalyse à l’épreuve de l’autisme – Partie 3 from linkiz on Vimeo.

LE MUR – La psychanalyse à l’épreuve de l’autisme. Bonus Partie 1 from linkiz on Vimeo.

LE MUR – La psychanalyse à l’épreuve de l’autisme. Bonus Partie 2 from linkiz on Vimeo.

2ème journée de réflexion théorico-clinique du pôle I06

Le jeudi 9 juin 2011 se tenait au Centre hospitalier de Saint-Cyr au Mont d’Or la 2ème journée de réflexion théorico-clinique du pôle I06 autour du thème « Angoisse, Agressivité, Violence » avec la participation du Professeur Bernard GOLSE.

Rappelons quel en était l’argument :

« Nous sommes tous amenés, quelle que soit notre place, à rencontrer un moment de violence, soit celle que l’on attribue à l’autre, soit celle que l’on éprouve soi-même. Cette dénomination qui porte au regard de notre société une connotation négative en nous proposant d’en faire l’objet d’une déclaration recouvre cependant des réalités cliniques bien différentes. L’agressivité est une activité mentale assez élaborée et secondarisée alors que la violence demeure une réaction agie déclenchée par une angoisse peu représentée. C’est ainsi que l’agressivité inclut une problématique triangulaire œdipienne alors que la violence demeure de l’ordre préœdipien ou instinctuel. Angoisse, agressivité, violence, comment sommes nous confrontés à des difficultés lors de nos prises en charge, qu’elles soient individuelles ou groupales, institutionnelles ou non ? Comment assume-t-on la violence inhérente à toute rencontre ? Quels sont les mécanismes de défense mobilisés tant chez nos patients qu’à notre niveau ? Quels en sont les Destins ? La journée Théorico-clinique de cette année tentera d’y apporter des éléments de réflexion ».

Il faut tout particulièrement remercier pour sa participation le Professeur Bernard GOLSE qui a su se montrer attentif aux situations exposées et nous apporter son éclairage avec à la fois une grande pertinence et beaucoup de simplicité.

Résumons brièvement son parcours :

« Pédiatre de formation, Pédopsychiatre et Psychanalyste (à l’Association Psychanalytique de France), Bernard Golse est chef de service de Pédopsychiatrie de l’Hôpital Necker-Enfants Malades à Paris et Professeur de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Université René Descartes (Paris V). Après des études de linguistique, une thèse de sciences et un doctorat de biologie humaine consacrés à l’approche des processus psychotiques précoces, il devient médecin-chef de l’Hôpital de jour pour très jeunes enfants autistes et psychotiques que le Professeur Michel Soulé avait créé à l’Institut de Puériculture de Paris, fonction qu’il exercera de 1983 à 1993. Spécialiste du développement précoce et des niveaux archaïques du fonctionnement psychique, il s’intéresse tout particulièrement à la mise en place de la psyché chez l’enfant et à l’instauration des processus de sémiotisation et de symbolisation. Les relations entre la musique et les racines du langage lui importent au plus haut point. Il est actuellement membre du Conseil Supérieur de l’Adoption, membre de l’exécutif de l’IACAPAP (Association Internationale de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et des Professions Affiliées) et membre fondateur de l’AEPEA (Association Européenne de Psychopathologie de l’Enfant et de l’Adolescent). Il anime actuellement tout un courant de recherches dans le champ de la Psychiatrie Périnatale, courant qui vise à prendre en compte l’ensemble des acquis des neurosciences et de la psychologie développementale sans renoncer pour autant aux fondements de la réflexion métapsychologique ».

Trois interventions étaient au programme :

  • « Sébastien ou l’enfant du clivage » présentée par une infirmière et une assistante sociale du Centre Pierre Mâle (hôpital de jour de Gleizé)
  • « Comment échapper à la fée Carabosse ou les surprises de l’anti destin »  présentée par une psychologue de l’hôpital de jour « Les Primevères » de Saint-Cyr avec la participation d’une psychologue du Centre Médico-Psychologique du Bois d’Oingt
  • « Tranche de vie d’un CATTP : des attaques tout azimut à une alliance contre » présentée par une infirmière, une psychomotricienne, une orthophoniste et une psychologue du Centre d’Accueil Thérapeutique à Temps Partiel de Anse.

Je pense refléter l’opinion de la grande majorité des participants en soulignant l’intérêt et la richesse de cette journée. Présenter une situation clinique dans laquelle une équipe a pu se trouver à un moment donné confrontée à des difficultés, s’exposer ainsi au regard de ses collègues et d’un invité prestigieux pourrait sembler un exercice difficile : cela a pu se faire avec simplicité, l’humour qui ponctuait certaines interventions n’enlevant rien à leur intérêt clinique. Les présentations à plusieurs voix donnaient à mon sens une bonne représentation d’un certain esprit d’équipe.

Mon seul regret est que cette journée se soit terminée un peu trop prématurément – du fait des contraintes horaires de notre invité – et que la place laissée aux échanges à l’issue des trois présentations en ait été trop réduite, d’où une certaine frustration.

Pour prolonger  cette journée, je vous propose une des nombreuses réflexions qu’elle a pu susciter chez moi, tout en incitant mes collègues à suivre mon exemple en nous faisant part des leurs.

Je repartirai pour cela d’une des interrogations de Bernard GOLSE à propos du cas présenté par le CATTP de Anse : à au moins deux reprises, il a questionné les intervenants pour savoir si le récit donné de cette prise en charge de groupe correspondait véritablement à son déroulement ou s’il avait pu être remanié, pour les besoins de la présentation qui en était faite.

La réponse étant qu’il correspondait bien au déroulement de la prise en charge, Bernard GOLSE soulignait à quel point cela illustrait la théorie psychanalytique : pour le dire brièvement, il y avait une phase initiale où la problématique se situait autour des enveloppes corporelles, puis elle se déplaçait dans le registre de l’oralité et de l’analité pour aboutir finalement à un registre génital où se posait la question de la différenciation sexuelle (précisons que ce groupe était composé d’enfants âgés d’environ 6 ans).

Sans remettre en cause l’intérêt théorico-clinique de cette présentation, il me semble que l’interrogation de Bernard GOLSE porte sur une question épistémologique délicate qui a pu alimenter certaines critiques adressées à la théorie psychanalytique et qu’il importe selon moi de ne pas trop vite escamoter. En quoi ou dans quelle mesure une expérience clinique est-elle susceptible de valider une théorie ?

Il existe à l’évidence un écart entre toute expérience vécue et le récit qui peut en être fait secondairement. Cet écart peut être plus ou moins grand, en fonction du degré de correspondance entre le niveau de l’expérience et celui du récit…

Premier question qui se pose : le récit a-t-il pu être arrangé, bidouillé pour le dire un peu familièrement, afin qu’il soit plus présentable ?  Rappelons que c’est un des reproches qui a pu être fait concernant les cas cliniques princeps de Freud.

En dehors de toute volonté consciente de s’arranger avec la réalité vécue, une autre question se pose : une expérience ne peut être appréhendée qu’au travers du prisme de nos représentations… En quoi cela peut-il constituer un biais ? Nous serions en quelque sorte formatés et nous ne retiendrions de l’expérience que ce qui correspond à nos présupposés théoriques tout en ignorant ce qui ne rentrerait pas dans notre système de représentations…

Dernière critique qui pourrait être faite : le cadre même des prises en charge que nous proposons ne peut être complètement neutre et il est déterminé par les fondements théoriques qui sont les nôtres, de sorte qu’on ne peut écarter le fait que le cadre fixé au départ influe sur le déroulement de l’expérience et l’oriente dans le sens de nos présupposés théoriques.

La journée organisée pour la deuxième fois au niveau du Pôle I06 se voulant théorico-clinique il me semblait intéressant de profiter de l’occasion pour vous soumettre quelques questions qui peuvent se poser sur le lien qui unit la théorie et la clinique.