Eros et Thanatos

Patri-érotismeUne illustration et une petite phrase en exergue de ce billet.

L’illustration, une photo publiée sur le site du Monde.fr associée à un article intitulé « La jeunesse s’empare des symboles républicains ».

Un acte de patri-érotisme, suis-je tenté de dire, que je trouve personnellement bienvenu en réponse à la haine et la barbarie.

La petite phrase : « Une pulsion… Je ne sais pas comment l’expliquer… ». Elle est extraite d’un entretien du vendredi 27 novembre avec une adolescente admise la veille dans le service de pédiatrie de l’hôpital de Villefranche suite à une tentative de suicide par intoxication médicamenteuse volontaire.

Bien évidemment, il serait extrêmement réducteur de considérer que le passage à l’acte de cette jeune fille de 15 ans déjà hospitalisée plusieurs fois pour le même motif ou pour des scarifications résulte purement et simplement d’une pulsion de mort qui serait à l’œuvre chez elle.

De même pour les très nombreux adolescents qui nous sont adressés pour des tentatives de suicide : plus de 40 hospitalisations pour des gestes suicidaires depuis le début de l’année 2015, fort heureusement dans la très grande majorité des cas sans conséquence au plan somatique, et pas moins de 6 dans la semaine qui a suivi ce bien triste vendredi 13, sans toutefois qu’un lien direct puisse être établi dans ces cas entre les événements tragiques de Paris et l’histoire personnelle de ces adolescents.

L’actualité nous fournit malheureusement trop souvent l’occasion de nous repencher sur cette notion freudienne de Pulsion de mort : « exécution », « attentat », « kamikaze » deviennent des mots familiers au fil des bulletins d’information qui rythment nos journées.

La notion de pulsion de mort est exposée par Freud dans son essai « Au-delà du principe de plaisir », paru en 1920. Sans être en mesure d’entrer dans toutes les subtilités de la théorie psychanalytique, il suffit de signaler que l’émergence de cette notion est consubstantielle d’un profond remaniement de la pensée freudienne. Le contexte historique n’est pas à négliger puisque ce remaniement survient au lendemain de la première guerre mondiale, un conflit qui a fait des millions de morts et de blessés.

Le lien entre ce contexte et les réflexions sur un « Au-delà du principe de plaisir » semble attesté par le premier exemple choisi par Freud pour justifier l’existence de la pulsion de mort, à partir de la description des névroses traumatiques que ce premier conflit mondial a provoquées à grande échelle. Jusque-là, Freud avait mis l’accent sur la libido, la sexualité, le principe du plaisir même si celui-ci venait à être tempéré par le principe de réalité. L’interprétation des rêves pouvait se ramener à l’expression déguisée d’un désir inconscient.

Or dans les névroses traumatiques, ce que nous appelons aujourd’hui l’état de stress post-traumatique, les cauchemars font revivre de façon répétée la scène traumatique et l’angoisse qui l’accompagne. Cette compulsion de répétition qui constitue en quelque sorte la marque de fabrique de la pulsion de mort ne pouvait de toute évidence se rapporter à un désir refoulé et imposait la reconnaissance d’une composante négative, venant en opposition à la pulsion de vie.

La secLe fils de Saulonde guerre mondiale et ses abominations viendront attester une nouvelle fois à l’échelle de l’humanité de la force de cette pulsion de mort.

Le film actuellement à l’affiche, « Le fils de Saul », primé au festival de Cannes, est absolument saisissant à cet égard. Il peut être conseillé d’aller le voir à la condition d’assortir ce conseil d’une mise en garde : il est préférable de n’être pas trop mal dans sa tête, d’avoir le cœur bien accroché et de ne pas craindre d’être remué au plus profond de ses tripes à la vision de ces images terribles. Il paraît en effet difficile de ne pas ressortir profondément ébranlé à l’issue de la séance.

Pour revenir à des considérations cliniques plus quotidiennes au sein du service de pédiatrie, la vision des jeunes anorexiques décharnés, squelettiques qui nous sont de plus en plus fréquemment adressés nous renvoie également à cette pulsion de mort (le masculin est requis quoique les cas habituels d’anorexie concernent les jeunes filles dans la mesure où nous avons eu récemment à prendre en charge un jeune garçon). De fait, leur état physique est le plus souvent très préoccupant au moment de l’admission dans le service ou dans les premiers temps de l’hospitalisation, le pronostic vital pouvant être rapidement engagé en l’absence de mesure de ré nutrition sous surveillance médicale étroite.

Autre vaste domaine pour lequel la pédiatrie se trouve de plus en plus sollicitée, celui que de façon très générale on peut ranger sous la rubrique des « Troubles des conduites ». Le rapprochement avec la pulsion de mort tient dans ces cas à la violence dirigée contre les autres ou contre soi-même, aux conduites à risque, à la rupture des liens avec la famille en premier lieu et avec la société de façon plus générale.

Le recours aux Urgences pédiatriques est en effet de plus en plus fréquent pour des enfants ou des adolescents qui présentent des crises d’agitation et des comportements agressifs. La répétition est habituelle dans ces situations et, élément particulièrement inquiétant, rien ne semble en mesure d’enrayer la dérive de ces jeunes : déscolarisation, conduites dyssociales, toxicomanie, fugue, violences et autres passages à l’acte…

Ont beau être mobilisés les différents professionnels – psychiatre, psychologue, assistante sociale, éducateur, enseignant… – et les différentes institutions, – éducation nationale, secteur sanitaire avec les CMP et les services hospitaliers spécialisés, secteur médico-social et ses établissements de type SESSAD ou ITEP, services sociaux avec ses mesures éducatives et ses mesures de placement, justice avec les Juges des enfants et les services qui en dépendent, voire les forces de police ou de gendarmerie, rien n’y fait.

Ces comportements déviants peuvent s’observer chez des adolescents de plus en plus jeunes, dès 12-13 ans, chez les garçons comme chez les filles. Quel avenir pour eux ? Leur fragilité psychologique ne risque-t-elle pas d’en amener certains, un jour prochain, à commettre l’irréparable, sous l’influence de quelqu’autre fanatique ?

Une jeune lycéenne a récemment été admise dans le service après s’être vantée auprès de ses camarades d’être prête « à mourir pour Daech » tout en ajoutant « Je nique la France », ce qui dans le contexte actuel, tout le monde peut en convenir, est particulièrement mal venu et ce qui lui a valu une mesure d’exclusion de son établissement scolaire. Simple provocation de sa part sans doute, mais qui interroge.

Que peut apporter le service de pédiatrie pour ces adolescents suicidaires, ces anorexiques, ces jeunes aux conduites déviantes ? Peu et beaucoup à la fois, sans doute… Retisser des liens, ré insuffler du plaisir, de la légèreté, un peu d’humour… ré injecter de la vie en somme.

Les neurosciences expliquées aux enfants (et aux plus grands… )

Vice-versa

Les critiques sont unanimement bonnes à propos de ce nouveau film de Pixar.

Pour n’en citer qu’une, celle de Cécile Mury dans Télérama : « Sous ses allures de divertissement allègre et limpide, sous la brillante texture bonbon des images, se révèle un vrai grand film ambitieux, émouvant et perspicace, sur la construction de l’identité ».

Pas moins !

Il est également loisible de se référer à la chronique du 24/06/2015 de Caroline Eliacheff sur France-Culture : « En 2015, au moment de la sortie, personne n’a insisté sur cet aspect jugé peu commercial mais à distance, une fois le succès planétaire assuré, ce film a été considéré comme la première représentation animée du psychisme humain, vu beaucoup à travers les neurosciences et encore un peu à travers la psychanalyse, le tout, à destination du grand public ».

On y retrouve en effet bien des notions développées par les neuroscientifiques au cours de ces dernières années avec en particulier une figuration de la plasticité cérébrale. Le rôle primordial des émotions et de la mémoire, l’importance des premières interactions dans la constitution du psychisme y sont bien soulignés… Il y est même fait référence à la notion freudienne un peu plus datée de subconscient.

Comme quoi, neurosciences et psychanalyse peuvent parfois cohabiter en bonne intelligence… Je vous renvoie sur ce thème à quelques écrits personnels (déjà un peu datés eux-aussi)

Agenda culturel

Lectures, rencontres, débats…

Présentation_Livre

Jacques DILL & Marcel SASSOLAS
pour une rencontre autour de l’ouvrage
Douze rencontres en terrain psychotique
paru aux éditions Erès – 2015

Lundi 11 mai 2015 à 19h00

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Présentation_Livre1

Jean-Jacques RITZ
pour une rencontre autour de l’ouvrage
Le petit Freud illustré
paru aux éditions de l’Opportun – 2015

Jeudi 4 juin 2015 à 19h00

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LIEULe bal des ardents – 17 rue Neuve – 69001 Lyon – 04 72 98 83 36 –  baldesardents@gmail.com

Pour en savoir plus : cliquez ici 

Le jeu du fort – da revisité

Bobine Propos introductif à la journée « Deux temps, trois mouvements » du 21/11/2014

Mon propos de ce jour pourrait correspondre à une forme de test susceptible de mesurer la flexibilité mentale et les capacités de décentration des sujets qui accepteraient de s’y soumettre.
Dans les fonctions exécutives, la flexibilité mentale renvoie à la capacité de changer de tâche ou de stratégie mentale et à passer d’une opération cognitive à une autre. Elle permet l’adaptation aux imprévus, la correction des erreurs, le passage d’une tâche à l’autre… La décentration correspond au fait de se placer dans la perspective d’autrui. Elle permet au sujet d’échapper à toute forme de subjectivité déformante, parce que « égocentrée », pour atteindre des formes variées d’objectivité dans le rapport au monde ou à autrui.
Dans ce test, aujourd’hui, c’est vous qui tiendrez le rôle de cobaye.
Pour cela, je vous propose tout d’abord de partir d’un écrit de Freud dans son recueil « Au-delà du principe de plaisir ». Freud est un médecin qui a exercé à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Initialement neurologue, il a fait divers travaux de recherche sur le système nerveux et l’anatomie du cerveau ; il a écrit des articles portant sur les paralysies et les aphasies ; par la suite, il a entrepris de soigner des hystériques, d’interpréter les rêves, il s’est intéressé aux lapsus, oublis et actes manqués, phénomènes qu’il a regroupés sous le terme de « Psychopathologie de la vie quotidienne ». De là est née à Vienne, en Autriche, une discipline qui a connu une formidable expansion dans le monde durant une grande partie du XXe siècle, la psychanalyse. Au cours des dernières décennies, malgré la concurrence de disciplines et de psychothérapies d’apparition plus récentes telles que les neurosciences ou les thérapies comportementales et cognitives, malgré de très vives critiques dont elle fait l’objet, la psychanalyse conserve encore de très fervents partisans.
L’article de Freud en question s’intitule : « Le jeu du fort da » et il a donné lieu à de nombreux commentaires de la part des psychanalystes. Il a été écrit après qu’il ait observé chez son petit-fils Ernest alors âgé d’un an et demi, un jeu répétitif qui consistait à jeter une bobine loin de lui et à la ramener ensuite vers lui grâce au fil qui y était rattaché. Ce jeu s’accompagnait d’une certaine jubilation et de vocalisations : « o-o » entendu comme « fort » lorsque le petit Ernest jetait la bobine et « da » lorsqu’il la ramenait à lui en tirant sur le fil. Ces vocalisations ont pu être traduites par « là-bas » et « là ».
Freud interprète ce jeu de la façon suivante : il suppose que pour l’enfant, le fait de jeter la bobine loin, puis de la ramener à lui, correspond à une transposition de l’alternance absence / présence de sa mère auprès de lui. Ce jeu pourrait s’apparenter à une forme de conjuration par rapport à l’angoisse que peut susciter chez lui l’absence de la mère. Ce que dans la réalité, l’enfant subit passivement avec déplaisir, dans le jeu, il le reproduirait mais en y prenant une part active et avec plaisir. Les vocalisations qui accompagnent l’activité de l’enfant sont pour les psychanalystes le témoin d’un processus de symbolisation, d’une intégration dans le psychisme de représentations de l’alternance absence / présence de la mère par l’opposition des deux signifiants fort / da.
Maintenant, je vous propose de laisser tranquille la mère, d’oublier ses va-et-vient auprès de son enfant et les angoisses de séparation qui peuvent en découler en vous intéressant à l’aspect purement moteur de l’activité de ce dernier.
Ne peut-on voir simplement dans la répétition du mouvement de l’enfant un exercice qui viserait à améliorer ses performances motrices, à l’instar d’un sportif qui s’entraîne ou d’un musicien qui travaille ses gammes ? Et l’on sait à quel point, aussi bien pour le sportif que pour le musicien, il est nécessaire de répéter et répéter encore un geste pour parvenir à parfaitement le maîtriser.
Outre l’habileté motrice que l’enfant pourrait ainsi acquérir par cet exercice, cela lui permettrait une plus grande maîtrise de l’espace qui l’entoure avec en particulier la différenciation entre un espace proche, qui lui est directement accessible simplement en tendant le bras et un espace éloigné qui lui ne l’est pas.
L’artifice de la ficelle lui permet d’avoir une action sur un objet situé dans l’espace éloigné, sans avoir à se déplacer et sans le concours d’un tiers, comme cela est très fréquemment le cas dans ce type de jeu où l’enfant jette un objet afin que l’adulte le ramasse et le lui redonne, une activité dont l’adulte se lasse habituellement avant l’enfant.
Dans cette nouvelle perspective, la jubilation de l’enfant peut se rapporter à la maîtrise qu’il acquiert ainsi sur les objets, sur l’espace et au gain d’autonomie qui en résulte par rapport à l’adulte.
Il est également remarquable qu’au geste se joint la parole, laquelle vient précisément marquer cette différence dans l’espace environnant entre ce qui est proche et ce qui est loin. D’autres oppositions lui permettront plus tard de mieux se repérer dans l’espace : devant / derrière, dessus / dessous, droite / gauche…
Cette association du geste et de la parole peut ouvrir sur de très nombreux questionnements : on peut se rappeler par exemple que les aires motrices et les aires du langage sont très proches au niveau du cortex frontal et que cette proximité neuroanatomique joue peut-être un rôle… On peut se rappeler également que certaines techniques de rééducation orthophonique et certaines méthodes pédagogiques pour les jeunes enfants ou les enfants intellectuellement déficients utilisent avec succès le geste pour faciliter le développement du langage…
Je laisse ouvertes toutes ces questions et bien d’autres, en imaginant que les intervenants dans cette journée « Deux temps, trois mouvements » pourront apporter des éléments de réponse…
et en espérant également ne pas vous avoir soumis à une trop rude épreuve par les contorsions intellectuelles que je vous ai imposées.

Un indien dans l’asile

Jimmy PDans un souci de visibilité, je reprends ici sous forme de billet ce que j’avais écrit au mois de septembre dernier sous forme de commentaire simple à l’article « Sortie en Salle le 11 septembre 2013 », ceci suite à la Journée théorico-clinique du Pôle 69I06 qui s’est déroulée le 12/06/2014 sur le thème « Le corps en jeu » et afin de prolonger des débats qui ont pu s’y amorcer.

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« Un indien dans l’asile »,tel aurait pu être le titre de ce film. Le succès commercial en eut été garanti… La qualité du film en lui-même, le jeu des acteurs suffiraient à le recommander vivement, mais il est évident que le thème abordé ne saurait laisser indifférent tout soignant intervenant dans le domaine de la psy.
Il n’est jamais inutile de revenir sur l’histoire de notre discipline et des grands noms qui ont pu la marquer, en l’occurrence, Georges DEVEREUX. Avec cette « psychothérapie d’un indien des plaines », nous nous replongeons sur une période marquée par l’essor de la psychanalyse, au décours de la seconde guerre mondiale, une extension qui la conduit à se confronter à des disciplines connexes telles que l’anthropologie ; l’avènement de l’ethnopsychanalyse et de l’ethnopsychiatrie découlera de cette rencontre. Alors que la psychanalyse se voit tant décriée de nos jours, cela peut apporter un certain réconfort et relativiser la portée de critiques qui lui sont adressées (non que certaines puissent apparaître justifiées toutefois).
Le sentiment d’étrangeté lié tout autant à l’origine du patient qu’au style particulier du thérapeute se conjugue cependant à un sentiment de rassurante familiarité. Certes le cadre des séances est pour le moins chamboulé – point de divan et des interventions de l’analyste s’écartant nettement de la conduite habituelle de la cure – mais nous retrouvons tous les ingrédients qui ont participé à l’édification de la théorie psychanalytique et pour ne citer que quelques exemples, la place de l’interprétation des rêves, la règle des associations libres, les références à la théorie de la séduction ou à la scène primitive, la notion de trauma, le rôle du transfert… et du contre-transfert, car c’est bien la rencontre singulière entre deux sujets qui constitue le moteur de la cure, une rencontre d’autant plus surprenante que ces sujets ne partagent pas la même culture. Écoute attentive et bienveillante, acceptation de l’autre et de sa différence radicale…
S’y retrouve également en bonne place le complexe d’Œdipe dont on connaît le rôle essentiel dans la théorie freudienne. Si la fin de la cure est marquée par la réduction significative des symptômes dont souffre Jimmy P. et l’accession à une meilleure connaissance de lui-même, nul doute que c’est sa capacité à enfin assumer son rôle de père auprès de sa fille qui constitue le point d’aboutissement de son parcours avec son thérapeute, comme nous le suggèrent les dernières images du film.

En contrepoint de mes remarques précédentes, peut être abordé un questionnement omniprésent dans le film et qui reste d’une brûlante actualité. Le service accueillant Jimmy P. est avant tout spécialisé dans les maladies du cerveau et le premier souci des médecins qui se penchent à son chevet est de rechercher une origine organique aux troubles présentés, compte tenu de ses antécédents de traumatisme crânien.
Ce n’est que devant la négativité des examens réalisés que l’hypothèse d’un trouble psychique est retenue, la nature des symptômes pouvant faire penser à une schizophrénie, diagnostic récusé par Georges DEVEREUX.
Ce dernier a incontestablement une position très singulière par rapport à l’équipe médicale de l’hôpital et il est d’autant plus remarquable que c’est lui qui insiste pour que soit pratiqué un dernier examen afin de s’assurer de l’absence de lésion cérébrale chez le patient, et ce alors que sa psychothérapie est sur le point de se terminer et qu’elle semble avoir permis une résolution des symptômes les plus invalidants.
Certaines questions sur le diagnostic ne peuvent être écartées si l’on veut bien considérer que les moyens d’investigation médicale de l’époque étaient bien moins développés qu’actuellement et que les connaissances scientifiques ont largement progressé depuis.
Il n’est pas certain que les examens para cliniques actuels n’aient pas permis de déceler des lésions invisibles ou des troubles paroxystiques insoupçonnables avec les moyens d’alors : une IRM fonctionnelle ou des méthodes plus sophistiquées d’enregistrement EEG auraient peut-être pu se révéler positives.
En l’absence de lésion anatomique objectivable, l’existence d’un trouble fonctionnel ne peut davantage être exclue … Les maux de tête accompagnés de troubles visuels (baisse de l’acuité visuelle, phosphènes) et autres désordres neurologiques survenant sur un mode paroxystique peuvent se rencontrer dans certaines formes de migraine ou d’épilepsie partielle dont l’identification peut se révéler mal aisée. Il est encore possible que des traitements médicamenteux dont nous disposons à l’heure actuelle aient pu apporter un certain soulagement au patient.
Il pourrait certainement être instructif de recueillir l’avis d’un neurologue d’aujourd’hui à propos du cas de Jimmy P.
Que conclure sinon que les relations entre psyché et soma sont complexes et que nous ne pouvons nous contenter d’une opposition radicale entre causalité psychique et origine organique ; l’une n’exclut pas l’autre et la persistance d’un doute sur le diagnostic ne vient pas invalider l’approche psychothérapique : d’une part, celle-ci se révèle efficace et d’autre part son efficacité ne peut se réduire à la disparition des symptômes… Dans l’analyse, « la guérison survient de surcroît » a-t-on coutume de rappeler.

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Bon Dieu de bon Dieu !

qu-est-ce-qu-on-a-fait-au-bon-dieuLe film m’avait été chaudement recommandé par ma secrétaire et il connaît visiblement un vif succès auprès du grand public, je veux parler de la comédie de Philippe de Chauveron, « Mais qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? », promise à égaler les records de fréquentation de « Bienvenue chez les Ch’tis » ou « Intouchables ». Effectivement, la salle de cinéma était comble le soir où je me suis décidé à aller le voir, des jeunes et des moins jeunes… Certes il ne s’agit pas d’un chef d’œuvre cinématographique impérissable, mais le fait que ce film puisse rencontrer un écho aussi favorable auprès d’un public aussi varié m’a paru finalement très réconfortant, en ces temps où par ailleurs se développent de manière inquiétante intégrisme, communautarisme et autre extrémisme de tout poil. J’avoue aussi ne pas avoir été insensible à certains traits d’humour ou encore à des personnages secondaires tels que le curé ou le psy de service : la caricature de ce dernier est assez fine avec une écoute bienveillante qui se limite à l’art de retourner à l’envoyeur les questions qui lui sont adressées : « Et vous, qu’est-ce que vous en pensez ? ».
J’ajoute que certains faits récents de l’actualité soulignent à quel point cette comédie touche à des questions sensibles comme le prouve l’article de Jean-Loup Amselle (Anthropologue, professeur à l’EHESS) paru sur Le Monde.fr en ce 14/05/2014 : Honteux procès en francité de Christiane Taubira. Ceux qui ont vu le film auront bien sûr en tête le moment très savoureux où La Marseillaise est reprise en chœur par les gendres de M. et Mme Verneuil.
Et vous, qu’est-ce que vous en pensez ?
Nom-de-dieuAutre sujet qui n’est pas sans un certain rapport avec le premier, le dernier livre de Philippe GRIMBERT – « Nom de dieu ! ».
« Mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu ? » aurait pu parfaitement convenir comme titre. Philippe GRIMBERT est psychanalyste, d’obédience lacanienne. Pour ceux qui se sont intéressés un peu à l’œuvre de Lacan sans jamais vraiment réussir à trop la comprendre, ce qui est mon cas, je crois que vous avez là l’occasion de saisir sur un mode ma foi très plaisant la notion de « grand Autre ». Même si vous ne vous y intéressez pas, je vous conseille la lecture de ce roman plein d’humour.
Pour une présentation de cet ouvrage par son auteur un interview sur France Info

L’ennui : entre désir et virtuel, ailleurs et réalité

 

L’ENNUI : ENTRE DÉSIR ET VIRTUEL, AILLEURS ET RÉALITÉ
Conférence-Débat organisée par l’association Atalante 
Jeudi 10 octobre 2013 à 20h30
Intervenant : Joël CLERGET, psychanalyste, écrivant,
membre affilié de la Société de Psychanalyse freudienne

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Centre Hospitalier – Salle du Château
Rue Jean-Baptiste Perret
69450 Saint-Cyr-au-Mont-d’Or
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L’expérience subjective de l’ennui, phénomène polymorphe, comporte des aspects complémentaires et contradictoires constitués d’un apparent repli sur soi et d’une quête de l’Autre et des autres. L’ennui interroge les dimensions du temps, qui semble long, et de l’espace, celle d’un Ailleurs en nous comme lieu du désir. Réalité virtuelle grosse d’une échappée ou d’une fuite dans l’action, l’ennui nous convoque en fait à la mise en acte d’un mouvement de sortie à l’intérieur de soi-même. L’on s’ennui partout où le désir n’est pas mort…

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Participation : 10€ – 5€ pour les adhérents et les étudiants –
Plus d’informations : Association Atalante – Tél 04 72 42 19 42 – atalante.psy@laposte.net
Bulletin : Inscription_Atalante_Mars2013 Inscription_Atalante_Oct2013 
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Les textes des conférences précédentes sont disponibles en fascicules :

  • N° 1 – A propos de Bettelheim : De crin blanc au cadre noir. L’équitation thérapeutique – 1990
  • N° 2 – Relations précoces et troubles des apprentissages, par Dominique Ginet, Maurice Berger, Renée Laetitia Richaud – 1991
  • N° 3 – La mère et la femme dans la théorie freudienne par Henri Vermorel – 1992
  • N° 4 – L’enfant autiste entre post-kleiniens et organicistes : réflexions psychanalytiques par Denys Ribas – 1993
  • N° 6 – Comment rêvent les enfants ? Par Simone Daymas et Marie Joseph Challamel – 1993
  • N° 7 – Quelle place pour le père ? Par Bruno Mounier – 1994
  • N° 9 – L’adolescent en détresse et l’ultime recours à la secte, par Bernard Chouvier – 1995
  • N° 10 – Considérations ethnopsychologiques sur les représentations culturelles qui soutiennent le face à face parents-enfants, par Jocelyne Huguet Manoukian – 1995
  • N° 11 – Le  soin psychique entre demande des familles et exigences démocratiques, Jean Ménéchal – 1997
  • N° 12 – Le bébé est-il fragile ? Martine Lamour – 1999
  • N° 13 – Adolescences en souffrance, Francis Maqueda – 2001 + Les actes du colloque « La réalité est une fiction) – 2002
  • N° 14 – L’art, l’adolescent et son thérapeute, Renée Laetitia Richaud – 2005
  • N° 15 – La thérapie familiale psychianalytique et ses développements dans le champ institutionnel, Christiane Joubert – 2007.
  • N° 16 – Médication picturale et psychose infantile, Anne Brun – 2010.
  • N° 17 – Humour, folies et rêves : l’art d’arranger le monde, Jean Jacques Ritz -2011.
  • N° 18 – Jouer avec le très jeune enfant, André Carel – 2011.

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Congrès, colloques, journées d’études ?
Retrouvez l’agenda des manifestations en Rhône-Alpes : ici

Habemus papa (ou pas…)

Foxfire

À l’occasion de la semaine d’information sur la santé mentale, a été projeté au Cinéma « Les 400 coups » à Villefranche sur Saône le film « Foxfire, confessions d’un gang de filles ». Il s’agit d’un film de Laurent Cantet qui avait déjà réalisé « Entre les murs », primé à Cannes.

La soirée était organisée par la Maison des adolescents de Villefranche et la projection du film suivie d’un débat ma foi fort intéressant m’a donné l’envie de coucher par écrit quelques-unes des réflexions qu’elle a pu m’inspirer.

Pour ceux qui ne connaîtrait ni le film, ni le livre dont il est tiré, en voici un bref résumé, mais il est évident que cela ne remplacera nullement la vision du film ou la lecture du livre.

 Synopsis : 1955. Dans un quartier populaire d’une petite ville des États-Unis, une bande d’adolescentes crée une société secrète, Foxfire, pour survivre et se venger de toutes les humiliations qu’elles subissent. Avec à sa tête Legs, leur chef adulée, ce gang de jeunes filles poursuit un rêve impossible : vivre selon ses propres lois. Mais l’équipée sauvage qui les attend aura vite raison de leur idéal.

Première réflexion, il s’agit d’un film sur l’adolescence, certes, mais qui jette un regard très critique sur la société dans laquelle ces jeunes filles évoluent. Si l’action se déroule dans les années 50 aux États-Unis, il est évident qu’il est d’une grande actualité et que les problèmes qu’il soulève peuvent être sans difficulté transposés dans notre société d’aujourd’hui : quand, à un titre ou à un autre, nous nous trouvons confrontés à des troubles sévères des conduites chez des adolescents, quelle qu’en soit la nature, comment ne pas s’interroger sur notre responsabilité, en tant qu’adulte, et sur l’état de la société que nous leur transmettons ?

Il n’a échappé à personne qu’il s’agit d’un gang de jeunes filles et que le combat qu’elles mènent s’inscrit dans une lutte féministe qui sera poussée jusqu’à l’extrême. Certaines de leurs actions ne sont pas sans rappeler le mouvement actuel « Femen » qui régulièrement défraie la chronique. Le film interroge donc à l’évidence le rapport homme – femme, lequel ne va pas sans une certaine ambivalence, même si la plupart des personnages masculins peuvent apparaître très caricaturaux ; il s’y mêle beaucoup de violence et de séduction, des mouvements de profond rejet, mais aussi d’attirance…

La figure du père apparaît centrale dans le film et elle se décline selon différentes modalités. C’est sa défaillance qui ressort de façon criante quand on considère celui du personnage principal, Legs Sadovsky. Lors du procès de Legs qui aboutira à sa condamnation à un placement en maison de redressement, le père est cité en tant que témoin, mais il y apparaît tout autant condamnable que sa fille, par sa démission, son incapacité à soutenir une parole… Le père c’est encore celui qui apparaît dans une dimension perverse, le jouisseur, celui qu’on s’efforce de séduire, c’est le maître à penser, celui qui domine… C’est finalement celui qui sera kidnappé et tué… Une autre figure emblématique du père resurgit à la fin du film, Fidel Castro, le « Líder Máximo » , « El Comandante » que Legs, toujours en manque de repère, serait allée rejoindre pour poursuivre sa lutte, pour poursuivre sa quête…

La question du désir, de la jouissance et le meurtre du père, tout cela ne saurait laisser indifférent un psychiatre, pour peu qu’il ait été un minimum imprégné d’une certaine culture freudienne (on peut lire ou relire Totem et tabou sur le sujet, le film pouvant être considéré comme une variation actualisée du mythe freudien, écrite au féminin).

Si l’adolescence constitue par définition une période critique, une période de passage du sujet de l’enfance à l’âge adulte, elle est aussi la période où quelque chose se joue dans la transmission d’une génération à l’autre… Il peut y avoir des ratés dans cette transmission, mais il n’y a pas de fatalité à cela et, pour rester sur une note plus optimiste, certaines protagonistes parviennent à s’extraire du gang pour rentrer dans le rang, à trouver leur place dans la société en quelque sorte, voire à transmettre à leur tour la vie : l’une des jeunes filles de Foxfire s’est finalement mise en couple et elle a donné naissance à un enfant… C’est sur cette image que l’on a envie de s’arrêter, en la considérant comme la victoire de la pulsion de vie sur la pulsion de mort et non comme l’assignation à la femme d’un rôle qui lui serait par nature dévolu.

Un cenotaphe pour oedipe ?

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Conférence-Débat
organisée par
l’Association Atalante

Jeudi 28 mars 2013
à 20h30
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Intervenant : Jean-Paul Hiltenbrand, psychiatre et psychanalyste. Fondateur de l’Ecole Rhône-Alpes de l’Association Lacanienne Internationale 

Lieu : Centre Hospitalier – Salle du Château
Rue Jean-Baptiste Perret – 69450 Saint-Cyr-au-Mont-d’Or

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Si l’Oedipe est un mythe – l’aurait-on oublié ? – l’invention du complexe dit oedipien par Freud fut un indicateur clinique précieux. Pourtant à propos de la sexualité féminine, il fut amené à réviser cette élaboration première. Dans ce fil, Lacan reprendra la question en introduisant d’autres référents.

En suivant ces étapes, nous serons conduits à vérifier la pertinence de ces référents, en particulier concernant la nouvelle clinique contemporaine.
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Participation : 10€ – 5€ pour les adhérents et les étudiants

Plus d’informations : Association Atalante – Tél 04 72 42 19 42 – atalante.psy@laposte.net  

Bulletin : Inscription_Atalante_Mars2013
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Les textes des conférences précédentes sont disponibles en fascicules :

  • N° 1 – A propos de Bettelheim : De crin blanc au cadre noir. L’équitation thérapeutique – 1990
  • N° 2 – Relations précoces et troubles des apprentissages, par Dominique Ginet, Maurice Berger, Renée Laetitia Richaud – 1991
  • N° 3 – La mère et la femme dans la théorie freudienne par Henri Vermorel – 1992
  • N° 4 – L’enfant autiste entre post-kleiniens et organicistes : réflexions psychanalytiques par Denys Ribas – 1993
  • N° 6 – Comment rêvent les enfants ? Par Simone Daymas et Marie Joseph Challamel – 1993
  • N° 7 – Quelle place pour le père ? Par Bruno Mounier – 1994
  • N° 9 – L’adolescent en détresse et l’ultime recours à la secte, par Bernard Chouvier – 1995
  • N° 10 – Considérations ethnopsychologiques sur les représentations culturelles qui soutiennent le face à face parents-enfants, par Jocelyne Huguet Manoukian – 1995
  • N° 11 – Le soin psychique entre demande des familles et exigences démocratiques, Jean Ménéchal – 1997
  • N° 12 – Le bébé est-il fragile ? Martine Lamour – 1999
  • N° 13 – Adolescences en souffrance, Francis Maqueda – 2001 + Les actes du colloque « La réalité est une fiction) – 2002
  • N° 14 – L’art, l’adolescent et son thérapeute, Renée Laetitia Richaud – 2005
  • N° 15 – La thérapie familiale psychianalytique et ses développements dans le champ institutionnel, Christiane Joubert – 2007.
  • N° 16 – Médication picturale et psychose infantile, Anne Brun – 2010.
  • N° 17 – Humour, folies et rêves : l’art d’arranger le monde, Jean Jacques Ritz -2011.
  • N° 18 – Jouer avec le très jeune enfant, André Carel – 2011. ……………………………………………….

Congrès, colloques, journées d’études ?
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